Vous avez entendu parler de DVF sans vraiment savoir ce que ça cache ? Ces trois lettres sont peut-être la chose la plus honnête que l’État ait mise à disposition des particuliers depuis longtemps. Parce que derrière, ce sont les vrais prix de vente, pas les prix affichés en vitrine d’agence, pas les estimations gonflées pour flatter un vendeur. Les montants réels, ceux qui ont été signés devant notaire, noir sur blanc. Dans un marché immobilier où l’on vous annonce des valeurs avec un aplomb parfois déconcertant, avoir accès à cette base, gratuitement et sans compte à créer, change réellement la donne.
Dans cet article :
ToggleCe que DVF sait que les agences ne vous diront pas
La base Demande de Valeurs Foncières (DVF) est alimentée par la Direction générale des Finances publiques (DGFiP). Elle regroupe l’ensemble des transactions immobilières à titre onéreux réalisées en France sur les cinq dernières années : maisons, appartements, terrains, locaux commerciaux, dépendances. Accessible sans inscription via app.dvf.etalab.gouv.fr ou explore.data.gouv.fr/immobilier, elle est mise à jour deux fois par an, en avril et en octobre. La dernière mise à jour d’octobre 2025 intègre toutes les transactions jusqu’au 30 juin 2025.
Ce qui distingue DVF de n’importe quel simulateur en ligne, c’est la nature même de la donnée. Pour chaque vente enregistrée, vous accédez à la date de transaction, au prix de vente net (hors frais de notaire et frais d’agence acquéreur), au type de bien, à la surface réelle bâtie, au nombre de pièces, à l’adresse cadastrale et, pour les terrains, à la surface foncière. Ce sont des données issues d’actes notariés authentiques, croisées avec le cadastre. Pas des déclarations, pas des estimations : des prix actés. Un détail qui mérite d’être souligné : si votre bien se situe dans le Bas-Rhin, le Haut-Rhin, la Moselle ou à Mayotte, ces territoires relèvent d’un régime foncier particulier hérité du droit alsacien-mosellan et ne figurent pas dans la base. Inutile de chercher.
Naviguer dans l’outil sans se noyer
L’interface n’a rien d’intimidant. Sur la carte interactive, les parcelles ayant fait l’objet d’une vente apparaissent en bleu : un clic suffit pour afficher le détail des mutations. Vous pouvez naviguer par département, affiner sur une commune, descendre jusqu’à une section cadastrale. Si vous préférez aller droit au but, la barre de recherche en haut à droite accepte une adresse, un code postal ou un nom de commune. Des filtres permettent ensuite de trier par type de bien : appartement, maison, local commercial. Pour les profils plus analytiques, un tableau consultable par menu déroulant liste toutes les mutations d’un département avec des options de filtrage par surface ou commune. Aucune compétence technique requise, juste un peu de méthode.
Deux portails coexistent pour consulter ces données, avec des approches différentes selon vos besoins :
| Interface | Type de visualisation | Niveau de détail | Cas d’usage idéal |
|---|---|---|---|
| app.dvf.etalab.gouv.fr | Carte interactive avec parcelles cadastrales | Élevé : détail par mutation, par parcelle | Estimer un bien précis, analyser un quartier |
| explore.data.gouv.fr/immobilier | Carte + filtres avancés + export CSV | Très élevé : filtres multicritères, données exportables | Analyses comparatives, études de marché, usage professionnel |
Lire les chiffres avec intelligence
La méthode est simple en théorie, un peu plus subtile à pratiquer. Pour estimer votre bien, sélectionnez des ventes récentes (moins de douze mois), situées dans un périmètre proche, portant sur le même type de logement et une surface comparable. Divisez ensuite le prix de vente par la surface pour obtenir le prix au m². Prenez le prix médian, et non la moyenne, pour éviter que deux ventes atypiques ne faussent votre fourchette. Prenons un exemple concret : un appartement de 65 m² à Montpellier. En consultant les mutations récentes sur ce secteur, des biens similaires se sont vendus entre 3 500 € et 3 800 € / m², ce qui place l’estimation entre 227 500 € et 247 000 € selon les caractéristiques propres au logement. C’est une fourchette de travail, pas une réponse définitive.
Et c’est précisément là que DVF touche ses limites. La base ne sait pas si le parquet était neuf ou gondolé, si la cuisine venait d’être refaite, si l’appartement donnait sur une cour calme ou sur un axe passant. Elle ignore l’étage, l’exposition, le vis-à-vis, les travaux votés en assemblée de copropriété. Deux appartements identiques sur le papier peuvent valoir 30 000 € de moins ou de plus selon ces facteurs. Nous disons cela non pour minimiser l’outil, mais parce que l’ignorer, c’est prendre le risque de mal calibrer une offre ou de fixer un prix de vente à côté de la réalité.
DVF, PATRIM, ou les deux ?
Ces deux outils puisent dans les mêmes données notariales, mais ne s’adressent pas aux mêmes usages. DVF est un open data total : aucune limite de consultations, export CSV disponible, accès libre à tous sans inscription. Il a été pensé pour les professionnels, les chercheurs, les collectivités, mais reste parfaitement utilisable par un particulier averti. PATRIM, accessible depuis votre espace personnel sur impots.gouv.fr, est taillé pour le particulier : son interface filtre sur des critères précis (surface, nombre de pièces, période), mais les consultations sont plafonnées à 50 par trimestre et aucun export n’est possible. En pratique, DVF s’impose pour préparer une vente ou évaluer un achat, tandis que PATRIM trouve sa place dans un contexte fiscal : déclaration IFI, succession, donation, situations où la justification chiffrée doit être documentée face à l’administration.
Aller plus loin avec les données brutes
Pour ceux qui veulent creuser, les données DVF sont téléchargeables en intégralité sur data.gouv.fr, publiées par le Ministère de l’Économie et des Finances. Les fichiers couvrent les cinq dernières années de transactions et se déclinent en plusieurs formats adaptés à différents niveaux d’utilisation. Un fichier CSV s’ouvre très bien dans Excel ou Google Sheets, sans aucune compétence en développement. Les formats disponibles sont les suivants :
- CSV (texte séparé par barre verticale) : compatible avec tous les tableurs, idéal pour filtrer et croiser des données
- SQL / PostGIS : pour intégration dans une base de données relationnelle
- GeoPackage : format géospatial, utilisable avec des logiciels SIG comme QGIS
- JSON via API communautaire : l’API de Christian Quest, accessible à api.cquest.org/dvf, permet d’interroger la base par commune, code postal, coordonnées GPS ou référence cadastrale
Le Cerema propose par ailleurs le jeu DVF+ open-data, une version enrichie avec géolocalisation précise des transactions et données cadastrales complémentaires. Cette version, mise à jour également tous les six mois, intéresse notamment les acteurs publics, les urbanistes et les professionnels qui ont besoin d’une granularité plus fine que la base DVF standard.
Ce que DVF ne remplacera jamais
Voilà ce qu’il faut comprendre avant de refermer cet article. DVF est le meilleur point de départ qu’un propriétaire ou un acheteur puisse avoir. Gratuit, officiel, factuel. Mais c’est une boussole, pas un GPS. Les données accusent un retard de plusieurs mois, parfois plus d’un an pour les ventes enregistrées tardivement. Elles ne voient pas l’état réel d’un bien, ni sa demande actuelle, ni les projets urbains qui transforment déjà la valeur d’un quartier sans que les prix ne l’aient encore intégré. Deux ventes identiques sur le papier peuvent cacher des réalités très différentes, et DVF ne vous dira jamais laquelle était une bonne affaire.
Cela ne signifie pas qu’il faut s’en remettre aveuglément à une agence. Cela signifie que DVF doit être un outil dans une démarche plus large : recoupez avec les annonces actives, interrogez des professionnels de terrain, consultez un notaire si l’enjeu est fiscal. Savoir lire les données DVF, c’est arrêter de croire les prix qu’on vous annonce, et commencer à comprendre ceux qu’on vous cache.




